RDC: Attention au calendrier électoral global « fourre-tout » !

RDC: Attention au calendrier électoral global « fourre-tout » !

Catégorie : Online Dépêches

Publié le samedi 21 février 2015 13:18

Écrit par Jean-Claude Vuemba (*)

La publication du Calendrier électoral global intervenu en date du jeudi 12 février 2015 alimente les débats dans le microcosme politique congolais.


Comme si cela ne suffisait pas, l’actualité politique de notre pays a pris du relief avec la communication spectaculaire du Président de la République faite aux Ambassadeurs de l’Union européenne et du Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies en RD Congo et Responsable de la MONUSCO, sur la renonciation du Gouvernement congolais à l’aide des Nations Unies dans la traque des FDLR.

Trois observations

La première observation que je relève à charge du Calendrier global c’est son caractère non consensuel qui lui fait perdre toute valeur intrinsèque. En effet, le 19, le 20 et le 21 janvier 2015, après que les Congolais aient payé de leur vie par des manifestations de grande envergure, pour arriver à bout des scories d’une loi électorale réfractaire à l’alternance démocratique, la Commission électorale nationale indépendante (CENI) vient de rebondir avec un Calendrier électoral global élaboré unilatéralement avec une vingtaine de contraintes qui jettent le doute sur son applicabilité.

Une deuxième observation fait état d’un Calendrier « fourre tout » qui ne fait pas la part des choses entre les priorités électorales et les arriérés électoraux. Cette absence de rigueur et de méthode dans la présentation d’un travail aussi sensible trahi les intentions malveillantes des auteurs matériels et intellectuels de ce document.

Pour ma part, je m’appuie sur le BRIDGE qui est le programme universel des élections utilisé partout dans le monde y compris dans l’espace de l’Union Européenne. Dans notre pays, ce programme est pris en compte à la CENI et son Président Monsieur l’Abbé Malumalu en est le premier spécialiste.

Ce programme distingue les arriérés électoraux des priorités électorales par rapport à la notion du cycle électoral. Il évoque en substance que les arriérés électoraux sont convoqués au début du cycle électoral alors que les priorités électorales sont prises en compte dans un cycle électoral suspendu et requalifié. 

Pour le cycle électoral en cours, c’est-à-dire le cycle électoral 2011-2016 tel que suspendu, requalifié et relancé en 2013, les élections urbaines, municipales et locales sont des arriérés électoraux et devraient être prises en compte dans le cycle électoral 2016-2021.

Tandis que les élections provinciales, législatives et présidentielles sont des priorités électorales qui doivent à elles seules faire l’Object du Calendrier électoral pour la période 2013-2016 étant entendu que le cycle électoral est constitutionnalisé à la durée d’un quinquennat et prend de ce fait fin en 2016 avec l’élection du Président de la République.

Alors, ce Calendrier fourre-tout avec la kyrielle de contraintes qu’il draine, vient-il résoudre le problème de la régularité du cycle électoral en RD Congo ou il vient consacrer l’arbitraire en vue de servir des intérêts politiques hostiles à l’alternance démocratique en 2016?

La troisième et dernière observation à charge de ce Calendrier, c’est le manque d’indépendance, de clairvoyance et de maturité des dirigeants de la CENI.

En effet, dans un contexte social et politique où les partenaires aux élections ne se font visiblement pas confiance, la CENI devrait privilégier le dialogue politique avant la publication d’un Calendrier qui serait le plus réaliste et qui tiendrait compte des délais Constitutionnels et légaux, ce qui aurait pour avantage, de renforcer la confiance entre acteurs et de  favoriser la paix sociale sérieusement menacée à cause des reflexes conservateurs du pouvoir sortant.

Cette explication s’impose parce que le processus électoral est participatif et exige un maximum d’appropriation parce qu’il est question d’impliquer les différents intervenants dans la responsabilité de conduire un processus transparent en amont comme en aval pour une meilleure acceptation des résultats.

Brouille diplomatique

Parlant de la brouille diplomatique entre le Gouvernement de la République, la MONUSCO et les missions diplomatiques, je note que l’exigence du respect des Droits de l’homme dans la conduite des opérations de désarmement des FDLR faite par la MONUSCO qui demande au Gouvernement congolais d’extirper du plan opérationnel deux de ces officiers qui trainent des casseroles en matières de respect des droits de l’homme, n’a été que la goutte d’eau qui a fait déborder les vases.

Du haut de mon expérience, j’ai le sentiment que le vrai problème est ailleurs. En effet, à l’approche des élections, les régimes anti démocratiques sont sur les dents. Ils font pression et tentent d’intimider les acteurs majeurs internes et externes qui participent directement ou indirectement au processus électoral.

L’objectif étant de les mettre en incapacité de dénicher et de dénoncer les irrégularités planifiées pour corrompre l’ensemble du processus électoral en espérant tirer de cette basse besogne le maximum de dividendes politiques. Bref, les régimes anti-démocratiques ne quittent pas le pouvoir par la voie des urnes.

Etant donné que la Communauté internationale dans son ensemble, l’opposition politique congolaise, le peuple congolais tout entier aient exigé et obtenu de la CENI un calendrier qui fixe clairement le jour de l’élection du Président de la République, à savoir le 27 novembre 2016, le pouvoir sortant est rouge de colère et entreprend des actions de représailles contre l’opposition politique et contre la Communauté internationale.

Le pouvoir sortant se convainc de plus en plus du fait que tous les observateurs sérieux commencent à pénétrer lentement mais surement ses accointances coupables avec les FDLR qu’il n’aurait aucun intérêt à désarmer. D’ailleurs, de l’avis des observateurs, les opérations de désarmement des FDLR n’auraient véritablement pas commencé. 

Libérer le processus électoral des pesanteurs

De tout ce qui précède, au nom du MPCR, j’exige un Calendrier électoral qui tienne compte des priorités électorales telles que décrites précédemment à travers un minimum de consensus national. Je déplore la diversion pernicieuse à laquelle se livre le pouvoir sortant dans ses rapports avec l’opposition politique, la MONUSCO et l’ensemble des missions diplomatiques.

Le vrai problème, c’est de libérer le processus électoral des pesanteurs cousues de fil blanc pour empêcher l’alternance démocratiques à termes constitutionnels échus.

Le vrai problème c’est également de respecter les engagements internationaux pris dans le cadre de la paix et de la sécurité dans la sous région de Grands Lacs. 

Pendant combien de temps le régime sortant se cachera-t-il derrière son petit doigt ?

 

Wait and see.

(*) Président National du MPCR, vice-président du Groupe parlementaire UDPS & Alliés

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21/02/2015
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